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Un espace de beauté (du moins je l'espère) et de détente. Un espace de vérités, pas toujours bonnes à lire, mais il ne faut pas toujours tout taire ! Un espace fait pour communiquer.

22 décembre 2007

Sur la lande déserte

Sur la lande déserte battue par l’orage
Valeureux guerriers, nous étions des cohortes
Comme crickets que le vent apporte
Ecumants de haine, exsudant la rage.

Vers l’ennemi nous allions au devant
Frappant nos boucliers du plat de l’épée
Clarté d’un message, qui n’annonce la paix,
D’assoiffés de sang, jamais ne s’en privant.

Nos lames étincelantes aux éclairs
Nos rugissements répondant au tonnerre
Nous foulions d’un bon pas la terre
Tous empressés de croiser le fer

Nos yeux brillants de colère contenue
Foudroyait tout vivant qui regardait dedans
Ainsi périssaient sous l’assaut de nos dents
Ceux qu’accablaient nos regards soutenus

Nous arrivâmes dans un village de gueux
Bientôt vers les cieux s’envolèrent les flammes
Suivies de près par les nombreuses âmes
Ravies par les moulinets de mes soldats fougueux

Les femmes violées,  les enfants égorgés
Dans les cendres, laissés en sentinelles.
Rien ne pouvait arrêter notre marche mortelle
Ouvrant la route de nos armes en acier forgé.

Au détour d’un chemin, à la nuit tombante
S’éleva devant nous un homme sans crainte
Il ne tremblait pas, n’émettait aucune plainte
Droit, les bras croisés, nous toisant sur la sente.

Je m’avançais jusqu’à lui, la main sur la garde
Il ne portait pas d’épée, je ne voyais pas de dague
Mon armée derrière moi s’agitait en vagues
Quand je vis à sa hanche, la lyre du barde.

D’une voix forte il me dit que j’avais tort
Que la guerre, au grand jamais, ne résout rien
Que la vie ici-bas est notre seul vrai bien
Que par le vent de la haine, nul navire n’atteint le port

Que nous devions retourner vers nos femmes
Pour célébrer avec elles, le miracle de la vie
Déposer des baisers sur les joues de nos enfants ravis
Eteindre dans nos cœurs cette haineuse flamme.

La pluie enfin cesse, apparaît un rayon de soleil
Avant qu’il ne soit mort, dernier sursaut de l’astre
Pour le poète ultime vision avant le désastre
Quand s’écoule sur le sol son sang vermeil.

J’essuie ma lame sur ses vêtements trempés
Nul homme ne peut me dicter ma conduite
Nulle armée ne peut nous conseiller la fuite
Comment a-t-il pu, à ce point, se tromper ?

Pour monter le camp, la place paraît bonne
Auprès du feu tous rassemblés en silence
Nous aiguisons nos lames, le fer de nos lances
Tandis que dans ma tête les paroles résonnent

Au matin de grisaille, la troupe se lève
Le temps semble bien triste, la lande bien grise
Sur le corps du poète souffle la mordante bise
Qui fait chanter la lyre comme dans un rêve.

Fort de ce funeste présage, l’aruspice nous prévient
La mort nous rode autour, nous sentons le malheur
De la divine poésie nous avons tué le serviteur
Et nous pourrions payer bien cher cette erreur.

Nous sommes donc revenus sur nos terres aimées.
Nous avons embrassé nos enfants, couché nos femmes,
De la guerre s’est éteint le grand vacarme.
Elles avaient germées les graines qu’il a semées.

Souvent quand vient la nuit je repense au poète.
Que ne l’ai-je écouté, pourquoi l’ai-je tué ?
Sur son sort j’avais trop vite statué
Qu’avais-je donc dans la tête ?

Soudain un grand silence sur la place du village
Je sors de ma hutte, une épée à la main
Mais elle s’échappe quand je vois au milieu des gamins
Mon poète souriant, cet homme bon et sage.

Depuis parmi nous il vit, la mort l’ayant épargné
Il anime nos soirées et a pris ma sœur pour femme
Jamais sur mon geste il n’a émis de blâme
Mais je doute qu’aucun ne mesure ce qu’il nous a fait gagner

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