Esclavage
Sur l’océan d’émeraude luisant au soleil,
Brille le sillage d’un voilier qui fait route.
Des pleurs et des cris émanent de ses soutes
Où s’entassent des voyageurs à nuls autres pareils.
Le cap les mène vers des riches contrées,
Au son sourd des eaux fendues par l’étrave,
Que souligne le cliquetis des lourdes entraves
Qui enchaînent tous ces corps noirs prostrés.
Tandis que l’équipage accomplit ses besognes,
La camarde, insatiable, dans la cale s’active.
Elle décide qui doit mourir pour qu’un vive,
Tandis que les vagues sur la coque cognent.
Le vent forcit et sur les voiles fait pression.
Les mâts malmenés gémissent et craquent
Tandis que, là haut, les pavillons claquent.
Des cordages se rompent sous la tension.
Dans le navire démâté, que la mer ballote,
S’élèvent les cris de ceux qui se savent perdus.
Pendant que les autres, par leurs fers contenus,
Impuissants voient monter l’eau qui clapote.
Une vague puissante scelle le sort du bâtiment.
Il sombre, entraînant avec lui vers l’abîme
Les marins cupides et les esclaves anonymes,
Pour les uns punition, pour les autres soulagement.
Au fond des eaux froides, dans une cale obscure,
Gisant au milieux des chaînes érodées et cassantes,
Des centaines de crânes à l’expression grimaçante
Semblent nous reprocher leur absence de futur.